SONAC
Sonac est une photographe et artiste urbaine française dont le travail explore les liens entre l’humain, l’animal et l’espace public. Créatrice du projet « Affichage Sauvage » en 2010, elle transpose ses photographies animalières à grande échelle sur les murs des villes et des institutions culturelles. Son œuvre a été présentée dans des lieux prestigieux tels que le Centre Pompidou, la Cité des Sciences, le Muséum d’Histoire Naturelle de Dijon ou encore le Musée de la Poste à Paris. Elle collabore régulièrement avec des zoos, muséums et acteurs de la sensibilisation à la biodiversité. Sa démarche artistique conjugue exigence esthétique, médiation culturelle et engagement en faveur du vivant.
SONAC ET LE TROMPE L’OEIL
L’espace comme toile, le réel comme illusion
Lorsque Sonac recouvre les murs de ses tirages monumentaux, ce n’est pas tant pour habiller une surface que pour convoquer un monde. L’image déborde de son cadre, épouse l’architecture, s’infiltre dans la ville. Les lignes du bâti deviennent lignes de fuite, les textures s’entremêlent, les matières dialoguent. Dans ce jeu subtil entre photographie et structure, entre collage et camouflage, l’artiste compose des trompe-l’œil sensibles qui déstabilisent le regard et troublent la perception.
Son geste est radical : recouvrir pour révéler. Chaque installation est pensée comme une immersion. Le spectateur ne regarde plus simplement une image, il s’y trouve immergé, pris dans une scène où l’échelle est déjouée, où les limites entre le réel et la fiction vacillent. L’animal, souvent au cœur de ses compositions, surgit à taille démesurée, comme un revenant bienveillant ou un fantôme majestueux venu réclamer sa place dans un monde trop étroit.
Sonac compose avec la ville comme on compose avec une mémoire : elle écoute ses failles, caresse ses angles, fait de ses murs une peau sensible à recouvrir d’images. Le collage devient ainsi une forme de soin, une présence poétique déposée dans l’espace urbain, comme une invitation à voir autrement.
Ce travail d’immersion et de transformation temporaire s’inscrit dans une démarche plus large : celle d’une artiste qui interroge les rapports entre l’image et le vivant, entre l’humain et l’animal, entre l’œuvre et le lieu. Un art du surgissement, du trouble et de la tendresse brute.
Sonac travaille dans des lieux choisis pour leur potentiel architectural ou symbolique (ruelles, friches, zones urbex). Le mur détermine le choix de l’animal et sa taille. Après le collage, l’artiste attend la lumière idéale et la présence fugace d’un passant pour capturer la photographie finale — seule trace d’installations vouées à disparaître. Elle conçoit ses installations comme une fusion éphémère entre nature et ville, interrogeant notre rapport au vivant. Chaque année, elle met en scène de nouvelles espèces, souvent menacées, réintroduites dans l’espace public comme des fantômes de biodiversité perdue.
Sonac ancre son travail dans une réflexion écologique. Alors que plus de la moitié des espèces animales ont disparu en moins d’un demi-siècle, elle cherche à sensibiliser le public à l’urgence environnementale. L’animal devient symbole, miroir de notre humanité et messager d’un monde à réinventer.
Coller pour faire surgir. Recouvrir pour révéler. En tapissant les murs de la ville de ses tirages monumentaux, Sonac convoque un monde où l’animal n’est plus en marge mais au centre, à taille démesurée, imposant sa présence là où il a disparu. Son travail s’inscrit dans une réflexion sur la disparition accélérée de la biodiversité, et sur les frontières invisibles qui séparent les espèces, les territoires, les vivants.
En fusionnant image et architecture, Sonac déplace les lignes. Elle remet en cause notre rapport au vivant, propose d’autres récits, d’autres échelles. Les murs deviennent des membranes sensibles, les rues des terrains de jeu pour l’imaginaire. Là où l’animal a été chassé, oublié ou domestiqué, elle le réintroduit sous forme de présence spectrale et revendicatrice.
Ce pouvoir de redessiner les limites — entre espèces, entre mondes — n’appartient pas qu’aux législateurs ou aux urbanistes. Il peut surgir du geste artistique. Sonac en fait la démonstration : par l’image, elle brouille les frontières, ravive une mémoire collective et suggère une autre façon d’habiter le monde — avec moins de murs, et plus d’écoute.
Chaque collage est une réappropriation poétique de l’espace urbain, une brèche ouverte dans le béton pour laisser réapparaître une faune souvent menacée, fantomatique. La ville devient théâtre d’une cohabitation réinventée, où le regard du passant croise celui d’un animal trop grand, trop réel pour être ignoré. Ces installations éphémères interrogent la manière dont nous cartographions le monde : qui décide des limites entre nature et culture, entre visible et effacé, entre ce qui mérite une place et ce qui doit disparaître ?
