Cassiana Sarrazin
De parents artistes, Cassiana Sarrazin grandit dans la campagne agenaise, puis passe quelques années en pension dans le Gers, où elle prend goût à saisir en photo et vidéo les instants de vie et les paysages. Après trois années en Angleterre à étudier l’histoire du design, elle intègre une école de cinéma à Paris, puis finit son cursus à Barcelone, où elle se spécialise en direction de la photographie pour le cinéma. C’est durant ces années que se concrétise son intérêt pour l’art de l’image et qu’on lui offre son premier boîtier numérique.
Depuis 2016, Cassiana Sarrazin travaille sur des plateaux de cinéma et publicité en tant qu’assistante caméra, cadreuse, et cheffe opératrice. En parallèle, elle continue de développer sa pratique photographique, à travers des projets personnels et professionnels.
EN INSTANCE
Comme chacun je cherche ma place dans ce monde, en allant et venant entre le passé et le présent. Entre mon enfance et l’absence. Cette absence répétée de mes parents. Ce manque comme un vide qui s’introduit dans la vie. Celui que chacun peut percevoir face à son miroir, quand on se regarde et que l’on se dit : mais finalement qu’est ce que j’attends donc de moi ?
Avec mon objectif, je pose alors un regard sur chacune de mes parties fragmentées, tentant de les apprivoiser, de les retrouver. Voilà que l’adulte que je suis peut enfin donner les clefs à l’enfant que j’étais. Je me donne cet espace. Je me donne ce temps. Et je vais chercher ce qui était dans un coin oublié et qui n’a pas été éclairé. Les cyanotypes m’offrent la possibilité d’aller chercher une nostalgie esthétique tout en y incluant le présent. Comme ces vieilles photos qui commencent à s’effacer et dont on voudrait attraper l’instant pour le sauver. Cette technique donne aussi l’occasion de rencontrer l’imprévu. Car l’accident, le geste maîtrisé ou échappé de cet art font naître une seconde rencontre avec l’image que j’ai créée. Et, entre la maîtrise du premier instant capturé, et le lâché prise du cyanotype, émerge une harmonie possible.
Le cyanotype à la feuille d’or introduit une présence autre. Quelque chose qui vacille. Selon l’angle où l’on se place, la feuille s’illumine ou s’efface. Comme si l’image elle-même décidait de ce qu’elle consent à montrer. Être en instance, c’est être dans cet entre-deux ; ni tout à fait là, ni tout à fait absent. La dorure incarne cet état. Elle exige que l’on se déplace, qu’on cherche le bon angle, qu’on négocie avec elle.
Comme une main tendue, la représentation de l’image de soi, qu’elle soit entière ou divisée, invite à trouver l’envergure de sa propre nature. Ces images sont en instance, suspendues entre ce qui fut et ce qui cherche encore à advenir.
Texte d’Eléonore Peltier et Cassiana Sarrazin.
