Artistes de l’édition 2026.
Témoignages
Grand merci à tous les bénévoles qui ont oeuvré sans relache pendant toute cette première édition du Festival sans filtre , malgré la canicule estivale ! merci à vous , les visiteurs et visiteuses qui avez fait vivre les 10 sites remarquables de nos lauréats ! merci aux photographes qui nous ont donné de l'émotion !
Festival très sympa très intéressant de voir différents artistes dans des lieux, qui pour certains, ont marqués Agen À refaire 😉😊
Onze photographes professionnels et talentueux ont su se lover dans des espaces urbains très différents les uns des autres avec beaucoup de pertinence. Résultat : un parcours ahurissant à travers Agen qui dévoile sa beauté entre chaque station du voyage. Réussite absolue
Expo photo exceptionnelle! Nous avons fait la visite guidée et nous avons vécu une expérience incroyable! Des lieux d’exposition magnifiques. Des photographes géniaux! L’art en toute sa splendeur! Bravo l’organisation! Vous nous avez proportionné un moment inoubliable!
La richesse du festival est immense. Des artistes variés formidablement mis en valeur dans des lieux parfaitement adaptés. 11 artistes avec une histoire et une émotion intense. Quelle meilleure initiative pour visiter la ville d’Agen ? Un immense merci à l’organisation et au guide.
Très belles expositions, qui nous ouvrent des univers variés, avec des œuvres très différentes et très pointues. Les guides sont formidables, très intéressants. Bravo ! Et pourvu que ce festival se renouvelle l'année prochaine...
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La promenade de la photo, Festival « sans filtre »
Pour une fois, Agen invitait à la promenade, de lieu en lieu, au hasard de propositions, pour des photographies dispersées comme des œufs de Pâques livrés à la découverte de qui veut jouer le jeu. La ballade urbaine de magasins et d’ateliers qui n’existent plus en logements dédiés à des fonctions abandonnées accroît la démarche du visiteur, il devient le complice. Et comme les œuvres se sont emparées des locaux, la dignité de la ville s’en rehausse, et pas seulement parce que l’on n’a même pas soupçonné l’effondrement de la rue Garonne, c’est tout autre chose : on ne circule plus seulement pour « faire le boulevard » des chalands. Belle initiative donc, que les 40° de chaleur ont laissée en suspens, et qui repart de la place Wilson pour les visites prévues, car on ne peut garder 10 lieux pendant deux mois, sans le savoir-faire de Lectoure, ou l’investissement total de la ville d’Arles.
Conséquemment, des groupes de hasard ont circulé à la rencontre de 10 propositions « sans filtre ». La diversité des présentations et des espaces offerts résonne avec le style de chaque artiste et inversement, le lieu regarde la photo qui regarde le lieu. Nous en devenons des tiers inclus assoiffés par l’attente que constitue la marche d’approche. Les pratiquants de la photographie sont sensibles à la différence des gestes et des techniques quand en réalité cet « art moyen », comme le qualifia le sociologue Pierre Bourdieu, touche non pas un certain public aux compétences définies, mais un public certain, car lire les photographies est devenu un sport très partagé. C’est donc des milieux et les sensibilités qui nous ont été offertes, titrées ou pas, la radicalité des sans titre nous obligeant à intervenir mentalement avec notre propre compétence et notre subjectivité.
On retient le sens du temps qui travaille toutes ces œuvres, temps passé ou arrêté, temps présent, passé du présent pour les années 1980 londoniennes de diasporas africaines, un tintamarre avec Jean-François Talivez, à Héméra, et à l’inverse, le présent proche et perdu, les silences d’une migrante actuelle venue de Bulgarie, Sladjana Stankovic qui a photographié ses derniers gestes avant le grand départ ; ils sont restitués dans l’appartement abandonné des directeurs de l’ancienne Banque de France. La « réalité » est toujours un ailleurs, le soi évanescent confié à la chimie de l’effacement, avec le raffinement technique, corps incertain et partiel plutôt que morcelé qui travaille la position de l’artiste Cassiana Sarrazin. Dans la chapelle du collège Chaumié, devant le retable baroque veuf de sa Thérèse théologienne, très loin du mutisme obligé, Vincent Dionis du Séjour sollicite le local festif, le souvenir estompé, brouillé de la fête brave. La ville, les villes peuvent aussi produire un autre rapport, universalisant, la volonté d’abstraction devant les lignes du métro aérien de Paris, une géométrisation rigoureuse, pur legs des années 1980 de Benjamin Hoffelé. A la Maison du Sénéchal, temple, si clean autour de la cloche de ville, des ombres, du noir, la faune sans nom des anonymes, SDF toulousains, paraît-il, mais leur nuit d’inconnus en marche ne sont pas plus étranges que ces autres errants pressés que sont les travailleurs du petit matin des couloirs de tous les métros du monde (David Siodos, sans misérabilisme aucun).
A l’opposé est l’exaltation du local fait détails pour un minimalisme serein, mais tellement basque de la côte – pense-t-on – à la Maison des Juges. Il faut venir de loin, du Brésil, pour savoir ces secrets si datés, si Côte d’Argent, qui ont couru le monde avec les bateaux de ligne de l’époque (Roberto Badin). Les lieux les plus vastes ont permis de respirer, autrement. Le scalpel de Dr Speed a pris pour endroit naturel un parking et il fait gicler les stations service du grand ouest américain, il les découpe, les envoie en l’air par plan pour contreplongées surréelles qui agrandissent l’espace : ces morceaux flottant dans les cieux se dandinent, sortes de legos du réel. Ces volantes prouesses où on voit même des bisons sont prêtes à être réembobinées comme les promesses faites aux bergers (souvent basques) du Dakota ou du Montana.
Le vaste hangar de la Capitainerie a permis à « Sophie photographe » de présenter du street art photographié sur des murs secs et abrités. Ses photographies très exactes d’animaux sauvage, première prouesse, sont collées sur les murs des villes, aidée de SONAC, mais c’est elle qui découpe et colle, choisit ses emplacements pour montrer aux municipalités qui l’accueillent des éléphants, des photos de fauves qui regardent les passants qui s’en accommodent. Ici, elles ne sont que souvenirs, pures traces d’interventions éphémères, en des structures qui ne contrôlent plus rien mais restent fluide de l’espaces fluvial. Bravo ! Et c’est elle qui a eu le prix de « Sans filtre ».
Le St Barth’, la boîte de nuit d’une génération, permet un art total, plus fermé sur soi, sombre, enrichi de coquillages, envahi du son du diaporama. La projection, anomique, impose l’univers du jeune Agenais Léo Caserio. Les images sont si locales, surexposées ou limpides, épurées et laconiques, c’est une poésie personnelle qui veut retenir le temps, la douceur du souvenir, la plage, nos plages, nos vacances, les traces sur le sable, l’autre comme soi-même, l’intime, nous tous, et il tient… le bar(th’).
Enfin, la plus connue et tête d’affiche de ce parcours – bien trop résumé – est Marie-Ange Daudé ; elle, toujours elle, plus que présente, mais absente de sa nudité, et très locale, bordelaise par l’éventail de sa géographie des fondations, les carrières d’où sortit la ville, comme tout ce qu’a touché et délaissé, un vaste monde colonial, prédateur ici ou là. Elle nous fait circuler, et partout, de rivages en rochers étranges, de mines éteintes. Ses lieux datent l’économie monde pour revenir en boomerang et instituer la mémoire de notre temps vécu et le passé du présent qui fut son futur. De là des postures accompagnées de citations suggérées. Elle, toujours nue, juste figurine pour indiquer discrètement que la radicalité du lieu, fortuit ou abandonné porte la marque du travail des vagues ou des spéculations d’un moment ce qui n’abolit rien, surtout pas la vie qui perdure. L’œil de l’objectif fictionnalise choses et lieux, et il n’est point elle, qui le voit, ni nous qui la voyons. On a glissé du penseur qui sait, l’artiste, à celui, vous, qui regardez, selon une machinerie qui décale le lieu de l’appropriation. Vous voilà inclus et témoins qui savent quelque chose dans la dialectique proposée : un partage est né avec obligation de se situer. C’est une démarche qui ne dit pas « cela fut », mais rend le monde plus plastique.
Et on était chez nous, toujours chez nous, dans la complicité des propositions très actuelles. Bizarre ce que le talent fait à l’humanité quand il désosse le réel et que chaque petit coin du monde indiqué soulève le rapport au monde de tous, parce que la photo ne dit pas que « cela a été » ce que veut le document et ce qui intéressait Roland Barthes, mais dit, « je vous propose ». Et le curieux est que c’est un passé-présent vécu qui réfléchit ce qui, finalement, construit le chacun d’entre nous. Ce n’est pas seulement le kaléidoscope d’un événement qui s’est exposé, c’est l’écho de notre mémoire intime que l’on a (re)trouvée.
Merci à tous, organisateurs, artistes, mécènes, agents et acteurs de cette histoire.
Maïté Bouyssy
a enseigné l’histoire culturelle à Paris 1 Panthéon-Sorbonne
